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Hélène Langlais - Lors de l’ouverture officielle du quartier général des fêtes du centenaire le 24 mars dernier, j’ai présenté aux gens présents un résumé de l’histoire des deux villages qui ont précédé la création de la Ville de La Tuque. Deux villages séparés par la rue Scott, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons choisi cet endroit pour annoncer le dernier décompte de 365 jours avant les fêtes du centenaire.
Vous êtes nombreux à m’avoir demandé de mettre en ligne cette histoire pour pouvoir la relire et la partager avec ceux qui n’étaient pas présents à l’ouverture officielle, c’est donc ce que je vais faire dans cette chronique. Je tiens à remercier les bénévoles dévoués de la Société Historique de La Tuque et du Haut Saint-Maurice, qui m’ont déniché un texte de M. Lucien Desbiens, publié en 1933, dans un document qui s’intitule “Au Coeur de la Mauricie, La Tuque”. J’ai utilisé ce document, parfois mot à mot, pour préparer cette histoire.
La voici :
Tout a commencé dans une petite église de bois, érigée tout près d’un petit lac qui est le joyau du village. À mi-chemin entre les deux voies ferrées, de construction en bois, elle est très modeste cette église, mais elle fait le bonheur des premiers arrivants. Monseigneur Latulippe, vicaire apostolique du Témiscamingue, Mgr Lorrain, évêque de Pembroke et Mgr Duhamel, archevêque d’Ottawa la bénissent conjointement le 13 décembre 1908.
Dès son second hiver, le village a perdu ses allures d’enfant timide. La vie sociale commence et la forêt qui l’entoure s’éloigne. L’installation à La Tuque de la Quebec and Saint-Maurice Industrial Compagny, de Berlin New Hampshire, qui achète en 1909 les pouvoirs hydrauliques locaux, donnera un essor au village. La chute de 88 pieds avec un bassin de drainage de 12 000 milles carrés et un débit minimum ordinaire par année de 115 000 chevaux-vapeurs se laisse emprisonner par les frères Brown pour produire de l’électricité. Avec cette chute productrice et les 12 millions de cordes de bois que leurs limites forestières gardent en réserve, les nouveaux industriels feront surgir une ville moderne. La Tuque n’attendait que la construction d’une usine de pâte et papier pour se développer. Le village s’agrandit et les maisons poussent comme des champignons.
Enivré par sa croissance rapide, le petit village se croit déjà grand. D’un geste téméraire, il est séparé en deux parts avec la permission du gouvernement qui autorise l’érection de deux municipalités distinctes : le village de La Tuque et le village de La Tuque Falls. Sur l’étroit plateau de La Tuque, deux villages se guettent désormais comme chien et chat. On a partagé le gâteau, mais les parts ne sont pas égales.
Le village La Tuque a pris la crème du territoire, cette rivière que plusieurs considèrent à l’époque comme un fleuve, la chaîne de montagne du sud, la forêt qui s’étale jusqu’à Rivière aux Rats. Le village La Tuque Falls a gardé par contre la partie la plus consistante de la galette : les chutes, les usines, les gares de chemin de fer, l’église et le couvent. Les deux villages sont séparés par la rue Scott, le village de La Tuque est au sud et le village de La Tuque Falls est au nord.
Le plus étrange dans cette histoire, c’est que le village qui semble le plus lésé, soit le village de La Tuque, est satisfait de son sort, de sorte qu’il se fera tirer l’oreille aux premières tentatives de rapprochement faites par son voisin : La Tuque Falls. Pendant plus d’un an, les deux villages essaieront, de bonne foi, de se suffirent à eux-mêmes.
Les premières réunions du conseil du village de La Tuque ont lieu dans la maison de M. Joseph Gauvin moyennant une compensation de cinquante cents par séance. Peu de temps après, le conseil se construit un hôtel municipal de deux étages. Les élus du village nomment les rues St-Zéphirin, Laurier, Lacroix et Paquin.
Le village de La Tuque s’organise aussi un système d’aqueduc grâce à un emprunt de 15 000 dollars. Cet aqueduc alimenté par un lac situé sur les montagnes à l’est restera l’oeuvre maîtresse du village de La Tuque. Sa réalisation a cependant donné bien des maux de tête aux dirigeants du village. Le réservoir de béton de l’aqueduc était à peine terminé, lorsqu’une explosion mystérieuse le détruisit complètement. Événement qu’on attribua, à tort ou à raison, au village rival qui était lui aussi en train de se construire un aqueduc pour ne pas être en reste.
Les ennuis ne faisaient que commencer pour le village de La Tuque. Le propriétaire d’un moulin à scie, qui a été fortement endommagé par la destruction du réservoir, actionne la municipalité. Les villageois se plaignent que la pression d’eau n’est pas suffisante. L’eau dans les tuyaux gèle en hiver et pour couronner le tout, les tuyaux de l’aqueduc du village rival, qui sont plus puissants, tentent de franchir la frontière malgré les protestations répétées des élus du village de La Tuque.
La guerre sourde entre les tuyaux ennemis qu’il y a sous terre servira de prétexte au dénouement de la lutte entre les deux villages.
De l’autre côté de la rue Scott, les conseillers du village se réunissaient dans le sous-sol de la sacristie jusqu’à ce qu’ils s’installent dans une maison de la rue St-Antoine achetée par la municipalité. Bien que son règne a été éphémère, le conseil du village de La Tuque Falls a réalisé beaucoup de choses : un réseau d’aqueduc qui a, lui aussi, été victime d’une explosion mystérieuse (serait-ce la faute des voisins?), une entente avec l’usine pour la livraison de l’électricité dans les deux villages au taux de 0,1 cent le kilowatt, l’octroi d’un permis à M. J. Ernest Desbiens pour la fondation d’une compagnie de téléphone locale et le baptême des rues suivantes : St-Joseph, en l’honneur du patron du village, Commerciale, St-Antoine, St-Louis, Scott, en l’honneur de l’ancien propriétaire des concessions forestières, St-Pierre, St-Georges et St-Wenceslas en l’honneur du patron du premier maire.
La Tuque Falls s’occupe ensuite de son système de protection incendie. Pas question encore de camions, mais plutôt des chariots avec des chaudières et des boyaux. Pour stimuler les pompiers volontaires, le conseil du village accorde une prime aux trois premiers qui arrivent sur les lieux d’un incendie. Les élus de La Tuque Falls aiment beaucoup adopter des règlements. Même messieurs les caniches sont taxés d’une piastre par tête, alors que mesdames les caniches valent cinq piastres par tête. La gent canine n’a pas le droit de mettre le nez dehors de sa niche après 9h le soir !
Le village de La Tuque Falls, qui a l’ambition de devenir une ville, trouve que ses frontières sont trop étroites. Après avoir boudé pendant 1 an le village voisin, il voulut se réconcilier et lui tendit la main avec un sourire plein de promesses. Après plusieurs discussions et négociations, la barrière entre les deux villages va tomber. L’union officielle des deux villages aura lieu le 24 mars 1911, date à laquelle La Tuque obtient son statut de ville unifiée. Les deux anciens villages rivaux vont mettre en commun leurs richesses et… leurs dettes, pour créer une ville belle et prospère. Ainsi se tournera la première page de l’histoire de la Ville de La Tuque.
Le maire du village de La Tuque était M. Achille Comeau. Le maire du village de La Tuque Falls était M. Wenceslas Plante. Lorsque les deux villages se sont unis pour former la Ville de La Tuque le 24 mars 1911, M. Wenceslas Plante en est devenu le premier maire.
Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite à venir visiter notre exposition historique au quartier général situé au 590, rue St-Antoine. Beaucoup de gens prennent le temps de nous visiter chaque jour. Il me fera plaisir de vous accueillir.
À bientôt,
Hélène Langlais, coordonnatrice
819 523-8200, poste 2750
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